Historique du Vampire 3

Retrait définitif ou presque… du Vampire…

La mise en service du Hunter, en 1959 puis du Mirage en 1968, sonne le glas du Vampire comme avion de combat actif au sein des escadrilles. Il est intéressant de relever que chaque pilote ayant passé sur Venom, Hunter, Mirage ou Tiger a effectué ses cent à deux cents premières heures de vol sur « Vampy ». Un avion sur lequel le père de certains d’entre eux auront eux-mêmes été formés ! C’est notamment le cas du « patron » de l’aviation militaire, le divisionnaire Paul Leuthold et de son fils. Ce dernier fait partie de l’une des dernières volées d’élèves à s’être mis aux commandes du fameux bipoutre

Une centaine d’avions mis en vente

Le 30 mai 1981, vingt-trois Pilatus P2, deux Dornier Do-27 et quinze moteurs Argus 410-A2 sont mis aux enchères à Dübendorf. La vente rapporte CHF. 730’000. Ce succès pousse l’armée à proposer dorénavant ses avions à des musées et à des collectionneurs privés. Cette façon de faire permet donc à 64 De Havilland DH-112 Venom et à 18 C-3605 d’échapper au pilon des ferrailleurs.

Début 1990, l’OFAEM annonce une nouvelle mise en vente, elle concerne une centaine d’anciens avions militaires retirés du service mais encore susceptibles de voler, soit 17 Pilatus P-3 d’entraînement, vendus le 2 février à Lodrino. et 80 De Havilland Vampire mono et biplaces, Les prix fixes vont de CHF.12'000.- à CHF 20'000.-. Des sommes parfaitement convenables pour des jets, certes anciens, mais ne nécessitant aucune restauration, grâce à l’entretien minutieux et régulier des spécialistes de l’OFAEM. Toutefois, certaines machines ayant atteint le cap des 1800 heures de vol doivent subir un contrôle approfondi pour bénéficier à nouveau d’un potentiel de vol complet.

Fin de carrière active

Le 12 juin 1990 marque à Emmen le retrait officiel du Vampire, mais certains d’entre eux vont encore voler pour l’armée. Un certain nombre de monoplaces dont les immatriculations sont inférieures à J-1125 sont affectés à l’instruction des unités d’artillerie anti-aérienne, soit au sein du « Zielfliegerkorps » (corps de pilotes de pointage), devenu ensuite le Fliegerstaffel 12. Le fuselage et les ailes des appareils sont recouverts de bandes noires et rouges « haute visibilité ». Les avions servent alors de cible fictive pour les exercices de pointage sans munition au bénéfice des servants de pièces de D.C.A. Dans ce rôle particulier les DH-100 continuent de voler jusqu’à mi décembre 1990, essentiellement à partir de Sion et Samedan/GR.

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La ville de Sion dit « Adieu » aux Vampire

Cérémonie d’adieu aux Vampire ci-contre le 13 juin 1990 sur le tarmac de l’aérodrome d'Emmen. Plusieurs pilotes militaires dont ceux qui furent les premiers à voler sur le Vampire sont présents, aux côtés des « jeunets », soit les derniers élèves à s’être mis aux commandes du célèbre bipoutre. John Cunningham, premier pilote d’essai anglais à avoir fait décoller le Vampire est aussi présent à la cérémonie.

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Dernier vol militaire du Vampire

Le dernier vol militaire du Vampire a lieu le 19 décembre 1990. Ce jour-là six appareils DH-100 Mk6 sont transférés de Samedan/GR à Sion, afin d’y être stockés, puis plus tard vendus, 44 ans après le 1er atterrissage d’un avion dans La capitale valaisanne. A noter qu’un des pilotes n’est autre que le maj Dulex, chef de la Police criminelle de Zurich. Participent également à ce vol le maj Ueli Bodmer, le cap Kurt Straumann, les plt Hans-Peter Klaiber ; Hans-Jörg Binz et l’adj Hermann Weber. A leur arrivée ils forment sur le tarmac de Sion un grand V comme Vampire. Instants d’émotion dont certains, à l’image de leur avion, effectuaient là leur dernier vol. Le matin même, les pilotes de la « Fliegerstaffel 12 » avaient accompli une ultime mission de simulation de cible au profit de la DCA, sur la place de tir de Brigels. Tous les Vampire, qu’ils soient biplaces ou monoplaces, sont désarmés et privés d’équipements spécifiquement militaires. Les canons de 20 mm Hispano-Suiza sont déposés et installés sur les chars de grenadiers M-113, retirés du service d’ailleurs.

Des ventes aux enchères de rêve…

L’opération comporte deux volets distincts. 53 monoplaces DH-100 Mk.6 sont d’abord offerts à la vente à partir du 23 janvier 1991. Ces appareils de la seconde série, dont le nombre d’heures de vol se situe entre 1400 pour le J-1082 et 2'190 pour le J-1129 sont proposés à des prix fermes variant selon l’exemplaire de CHF 12'000.- à CHF 20'000.-. Quant aux 28 biplaces, ils font l’objet d’une vente aux enchères. Onze réacteurs Goblin 35B en état de fonctionner, quelques bancs d’essais de mécanique et divers outillages sont également adjugés. Les « Tainer » sont facilement vendus. La mise à prix de départ est fixée à CHF 10'000.- mais, compte tenu d’une offre écrite déposée pour l’achat de l’ensemble des avions à raison de CHF 21'000.-pièce… C’est ce dernier chiffre qui sert de prix de départ ! Par paliers de CHF 1'000.- les enchères montent vite et le record est atteint par le U-1208 adjugé CHF 82'000.- Lui qui avait été acquis en 1953 pour un peu moins d’un million de francs. Onze appareils sont acquis par des Suisses, les 17 autres par des étrangers venus de France, Suède, Norvège, Belgique, Canada et USA.

Mentionnons que pour rejoindre leur lieu de destination le plein est fait et les Vampire bénéficient d’autorisations de vol spéciales. Ils sont livrés « à domicile » par des pilotes professionnels de l’OFAEM.

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DH-115 offerts vendus ou ferraillés

Le 12 juin 1990, 34 DH-115 sont retirés du service à Emmen. 30 d’entre eux sont mis en vente le 23 mars sur l’aérodrome de Sion. Les Vampire Trainer proposés à la vente sont des T MK55. Pas moins de 500 offres d’achat parviennent à l ’OFAEM avant la vente. Parmi ces avions se trouvent les U-1231 à U-1239 rachetés aux Usines De Havilland en 1967, en provenance directe des surplus de la Royal Air Force.

Trois DH-115 MK11 modernisés en 1960 au standard Mark 55 sont ferraillés. Deux biplaces sont partis à l’étranger. Le U-1216 est offert à la RAF en juin 1990 et le U-1221 part en Suède pour voler sous les couleurs de la « Flygvapnet ». De jeunes mécanos sudéois sont alors formés à l’OFAEM à Dübendrof pour pouvoir en assurer l’entretien.

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Missions particulières pour certains DH-115

Les »Trainer » vont encore rendre de précieux services aux Forces aériennes. Les U-1201 et 1202 sont équipés du système de tir « Noras » (engin filoguidé air-sol). Cela permettra à des pilotes de Mirage de s’entraîner à ce type d’armement. Les U-1203 et 1205 sont équipés pour la conduite de la guerre électronique. Les U-1204, U-1206 et U-1208 se voient dotés d’équipements pour la recherche directionnelle des émissions radio (PEIL). Le U-1211 est équipé d’appareils de prises de vues cinématographiques aériennes, avion aisément reconnaissable à son nez modifié, assez carré.

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Le U-1212, avec un camouflage gris-vert ci contre – unique dans les Forces aériennes suisses – pour les besoins du tournage en 1987 d’un épisode de la série française « Les Chevaliers du ciel », entièrement tourné en Suisse. Ce Vampire, dépourvu de ses marques de nationalité, jouait le rôle d’intrus « Diaboli » dans l’espace aérien helvétique et traqué par des F-5 Tiger.

Les Chevaliers du ciel !

Sources

• Archives Base aérienne Sion

• Texte historique de Christophe Sonnet

Après presque un demi-siècle d'utilisation, l'aviation militaire suisse se sépare du jet qui aura inauguré l'ère de la propulsion à réaction dans le ciel helvétique

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Tout à droite Philippe Henchoz qui fut directeur de la Base de 1947 à 1970/71